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Un mot, une pensée, un regard sur Jean-Luc « Oboman » Fillon…

ON THE REED AGAIN: JAZZ OBOE AND JAZZ BASSOON
Jean-Luc Fillon, oboe and English horn; Michael Rabinowitz, bassoon;
Michael Felberbaum, guitar; Bruno Rousselet, bass; Karl lannuska, drums.

When Parisian jazz oboist Jean-Luc Fillon and New York bassoonist Mike Rabinowitz met in Texas in 2005, they soon realized that from both sides of the continent they had a similar goal: to bring the double reed instruments into mainstream jazz. This CD attests to the success of their endeavor. The result is a very fine CD featuring both these artists together in a nifty album of finely conceived and performed swinging jazz at its very best!

Most of the works on the CD are either by Jean-Luc, or Michael, with a couple by guitarist Michel Felberbaum and one by Peggy Stern, an interesting ballad entitled The Aerie, thrown into the mix. The style is generally cool, modern East Coast jazz, with lots of improvisation by all members of the ensemble, most especially Jean-Luc and Mike.

I particularly liked Jean-Luc’s Spick and Span which opens the album, with it single melody “unison” in perfect 4ths and Mike’s nice, warm ballad For Jean-Luc, with its nice contrapuntal interplay between the instruments, along with it’s nifty bass solo; but there isn’t a dull or contrived piece anywhere in the 11 separate compositions. Instead it is inspired and fun jazz at its finest. It is obvious that these guys really love playing together. Occasionally, Jean-Luc picks up the cor Anglais and is able to improvise with the same great talent and knowledge he exhibits on the oboe. Both performers, moreover, “get down and dirty” (multiphonics, etc.) in Jean-Luc’s Les 100 Ciels! For tonal color, the best cut on the album is Mike Felberbaum’s Boody, featuring beautiful improvisations by both bassoon and guitar, along with some lovely English horn-guitar counterpoint in the intro and the conclusion. And so it goes throughout this lovely highly colorful CD, right to the last cut, which is a cute improv for English horn and bassoon alone-nice final touch.

I think it is interesting to note that it was the French, through such composers as Stravinsky (a Russian, but living in Paris), Milhaud, and Ravel, to name just a few who first recognized the newness and power of jazz and began incorporating into their own music. Jean-Luc carries this “torch” into the present. “Vivre la France!” In many ways this recording is a unique “first” by featuring virtually the entire family of double reed instruments as the front line in a jazz recording. Let’s hope that more is forthcoming from these guys in the future!

To those double reeders among us who would like to give jazz a try, I suggest that they use this beautifully recorded, beautifully performed CD as a primer or teaching tool for your own double reed jazz endeavors. There is much to hear and learn from in the fine CD!

Rating: 3 ½ Crows 3 1/2 Crows

Ron Klimko - International Double Reed Society Quarterly Journal (2009, Vol.32 No.3)

Jean-Luc Fillon - On the Reed... Again!

Un disque de "vrai" jazz actuel réunissant comme principaux solistes hautbois et basson mérite une attention particulière tant ces deux instruments s’aventurent rarement hors des territoires des musiques classique et contemporaine, cette aventure n’étant pas sans risques : risque du musicien classique "débarquant" dans le jazz sans langage ni culture, risque du musicien de jazz bricolant sur ces instruments difficiles un jeu approximatif, voire caricatural. Le Français Jean-Luc Fillon et l’Américain Mike Rabinowitz ne sont heureusement à ranger dans aucune de ces catégories. Spécialistes amoureux de leur instrument (auquel s’ajoute naturellement le cor anglais chez Fillon), ils ont pris le temps de développer d’authentiques qualités d’improvisateurs sur la base d’une solide technique classique. La musique proposée, intelligente synthèse entre modalité (Lateef) et jazz moderne (Mintzer, Quest...) est ni plus ni moins envoûtante. La combinaison des deux timbres, riches et serrés, apporte évidemment son lot de mystère mais, et là se situe la vraie réussite, notre intérêt ne repose qu’en partie sur la présence de cette étrange paire instrumentale : le discours tissé au gré des dix compositions originales est solide, énergique et inspiré, loin de tout cliché exotico-instrumental.

Eric Quénot - Jazz Magazine (juin 2009)

Jean-Luc Fillon - On the Reed... Again!

Le hautboïste de jazz vient de signer le disque le plus décisif de son audacieux parcours musical.(...)
Ce quintet franco-américain baptisé « On the Reed… Again! » interroge avec des arguments sonores jamais entendus une certaine idée du jazz contemporain, intense, inventive et fraîche, aidé en cela par l’engagement total de ses musiciens.(...)

Jean-Luc CARADEC - La Terrasse (avril 2009)

Jean-Luc Fillon - On the Reed... Again!

Même s’ils y font quelques incursions, hautbois, cor anglais et basson restent des cousins éloignés dans la famille du jazz. Jean-Luc Fillon côté hautbois et cor, et Michael Rabinovitz côté basson les rassemblent pourtant avec bonheur dans ce On the Reed… Again auquel leurs timbres donnent une personnalité inédite et séduisante…

extrait de la chronique de Yann Mens - La Croix (14 février 2009)

Jean-Luc Fillon - On the Reed... Again!

Cet album, qui rassemble le bassoniste new-yorkais Mike Rabinowitz, le guitariste Michael Felderbaum, le contrebassiste Bruno Rousselet et le batteur Karl Jannusha, développe un discours musical à grand pouvoir de séduction, fait de morceaux très travaillés, et dont l’originalité tient peut-être davantage à la forme qu’au fond.

Un discours - un parcours plutôt, comme le suggèrent titre et pochette – qui tire en effet sa singularité de la présence du hautbois et du basson, puisque ces deux instruments ne font qu’exceptionnellement partie des formations de jazz. L’approche est moderne, décontractée et groovy. Les morceaux, tous très aboutis, sont exclusivement composés par les membres du groupe et tirent visiblement leur grande richesse de nombreuses influences parfaitement assumées et intégrées, flirtant même par moments avec le free (le titre Kairos). Mais tous développent des phrasés mélodiques s’étirant en de longues plages d’une savante construction.

J’aime tout particulièrement Spick & Span et son intro tendue, aux accents coltraniens. Le titre Anande possède quant à lui un petit quelque chose d’un bon morceau de Weather Report, dans sa construction et ses accords. On ne s’étonnera pas de trouver sur ce disque quelques belles ballades (The Aerie, For Jean-Luc), auxquelles les timbres sombres du hautbois et du basson confèrent une saveur parfois mélancolique, voire tragique (en particulier sur la très belle mélodie Booty, et sur Twin Flowers – In memoriam 11 septembre 2001). Sur Les 100 Ciels, J.-L. Fillon et M. Rabinowikz développent avec leurs bois respectifs un entrelacs harmonique complexe et inventif que complète soudain une digression guitaristique qui n’est pas sans évoquer Mike Stern ou Pat Metheny.

Voilà donc une musique plutôt bien faite et accessible, portée par des musiciens qui semblent s’amuser - notamment sur un titre tel que Vertigo, dont on citera en exemple l’excellence quasi irrépressible de la section rythmique.

Technique :
Tous les moyens humains et techniques ont été rassemblés pour que cet album sonne. Les timbres originaux qui s’y développent sont captés et retranscrits de manière simple et directe, avec beaucoup de présence et de propreté. Bruits de clés du basson, souffle du hautboiste, mordant du contrebassiste et frappe du batteur, tout est reproduit en vraie grandeur !

Christian Izorce - ECOUTEZ Voir

« Oborigins » est un audacieux projet musical sur le thème du voyage, réunissant autour de l’hautboïste et poly-instrumentiste Jean Luc Fillon, son compagnon de route, le pianiste João Paulo, le percussionniste américain Jarrod Cagwin et en invité spécial, le contrebassiste Michel Benita. Basé sur la forme du trio « Oboa » de Jean Luc Fillon, cet alliage unique entre hautbois, piano et percussions ouvre une porte vers une géométrie instrumentale tout à fait inédite en son genre, déjà par l’absence d’une batterie, pas si indispensable finalement. Ce disque de compositions du leader débute par une œuvre inattendue (« Miss Shanghai »), en hommage, comme nous raconte Jean Luc Fillon dans ses liner-notes, à cette nouvelle Byzance du XXIe siècle qu’est la ville de Shanghai. Une composition étrange par les chromatismes de sa mélodie. Dès les premières mesures se décline une atmosphère relativement coltranienne, emprunt de sagesse harmonique européenne mêlée à de subtiles évocations modales orientales. S’en suit un langoureux arrangement de « Bemsha swing » (intitulé simplement « Bemsha » sur le disque), le célèbre thème de Thelonious Monk. La maîtrise instrumentale est totale, surtout dans cette intro magistrale de la danse intitulée « Miss Trall » (petit clin d’œil au vent qui décoiffe les gens du sud). La poésie y atteint son comble. Cette fresque imaginaire est l’œuvre de quatre créateurs au service d’une incontestable alchimie sonore. Une autre danse, cette fois sous le nom de « Poseïdos », nous emmène avec panache sur les routes de l’explorateur Marco Polo et de tous les aventuriers du monde. Mais alors que le calme se réinstalle de tout son poids, c’est avec méditation qu’il nous enchante (« Pagode »). Cette apaisante improvisation laisse place ensuite à la revisite d’un pavé de la Musique contemporaine, « Eternal Child », à l’origine une composition de Chick Corea pour son Elektric Band en 1988. Après tant d’audace, il fallait revenir à la chair, aux plaisirs humains de la séduction d’un Boléro empli de saveurs exquises (« Bolero for João »). A noter l’extrême sensualité du pianiste João Paulo qui met au service du groupe toute la subtilité d’un improvisateur parfaitement conscient de la dynamique de son instrument. Il faut aussi souligner la remarquable assise rythmique du percussionniste Jarrod Cagwin qui ajoute par son talent des couleurs orientales à ces magnifiques compositions qui nous sont offertes. Dans les fonctions attribuées à chaque instrument, il ne fait pas de doute que le rôle du hautbois laisse entrevoir une certaine ressemblance au rôle aérien d’un saxophone à sein d’un tel projet musical, sans pour autant dénigrer le défi que relève, haut la main, notre protagoniste. Aussi, la présence d’anches doubles sur cet instrument originaire de Mésopotamie y est un atout supplémentaire dans le franchissement des frontières. Pour clôturer cet album de Jazz aux influences méditerranéennes, les musiciens terminent par un morceau au tempo relevé, intitulé « Druidos », révélant une dernière fois notre allégresse à l’écoute d’un tel disque.

Tristan Loriaut - lesdnj.com

Jean-Luc FILLON  "Oborigins", 3 ETOILES JAZZMAN - Mélodique

Les amoureux de mélodies bien troussées, de jazz soyeux et généreux (sans jamais passer en force à travers les tympans) pourront se réjouir de la sortie de cet enregistrement de l’hautboïste et joueur de cor anglais Jean-Luc Fillon. Entouré de musiciens en empathie, il nous offre une promenade musicale raffinée magnifiquement enregistrée…
les compositions, toutes écrites par le leader constituent de remarquables tremplins pour l’envol des solistes…
Ce jazz nomade est une invitation aux voyages. Une ouverture sur le monde.

extrait de la chronique de Renaud Czarnes - Jazzman (janvier 2009)

Oborigins nous transporte vers l’Orient, pour explorer sa dimension originelle…
un monde primitif riche en couleurs modales, dansant comme une flamme, un monde presque enchanté où la vie s’exprime spontanément…
la musique de cet album est décidément chatoyante, tout comme le jeu de Jean-Luc Fillon. Sa sonorité est à la fois proche et lointaine du saxophone soprano, mais son originalité réside plutôt dans le phrasé : il exploite avec bonheur toute une gamme d’ornements et de mélismes. De quoi donner des idées à tous les instrumentistes!

extrait de la chronique de Martin Guerpin - Jazz Magazine (janvier 2009)

Jean-Luc FILLON  "Oborigins", conte des mille et une notes.

Sur son site Jean-Luc Fillon cite cette phrase de Tchekhov : "Autrefois, je considérais que chaque original était un malade et un anormal, mais à présent, je considère que l’état normal d’un homme est d’être un original." Il en va de même de l’état normal des disques que nous écoutons; ils se doivent d’être originaux, sous peine de lasser. Et ils sont rares ceux qui tiennent dans la durée, qui retiennent l’oreille avec ce je-ne-sais-quoi et ce-presque-rien qui font, depuis toujours, la différence.

Oborigins est de ceux-là. L’alchimie entre les instrumentistes est patente. Sans coup férir, elle s’impose, parcourt l’ensemble de l’enregistrement. Jean-Luc Fillon, Joao paulo, Jarrod Cagwin et Michel Bénita, narrent une indescriptible histoire aux accents pluriels. Qu’ils reprennent Monk et Corea ou s’immergent dans des compositions aux inflexions méditerranéennes, qu’ils puisent au classicisme ou s’en démarquent, ils intègrent l’auditeur dans leur univers avec une aisance désarçonnante, le captivent au sein d’un espace kaléidoscopique où se succèdent les impressions oniriques d’une aventure non pareille, nourrie de diversité. La poésie voyageuse des mélodies écrites par Jean-Luc Fillon incite à l’empathie. Elle fonctionne à l’équilibre et à la plénitude; deux carburants fiables qui ne polluent pas l’esprit.

Écoutez donc ce conte des mille et une notes, il brille d’un lustre nitescent. A moins que vous ne choisissiez de parcourir ce tour d’un monde en 33 tours; les détours valent le périple.

Yves Dorison - culturejazz.net (27 décembre 2008)

HAUTBOIS NOMADE

le hautboïste Jean-Luc Fillon conclut ses trois années de résidence "fructueuse et prolifique" par une création, le temps d’un long week-end dédié au "Hautbois Nomade", avec masterclasses, expositions, concerts impromptus et récital classique... Associer son trio jazz à un orchestre symphonique, le hautboïste "polyglotte" aura jusqu’au bout profité du soutien de l’Onde pour développer des projets osés.

Jacques Denis - La Terrasse (octobre 2008)

Caravan version 2 - Jean-Luc Fillon Quintet - Echoes of Ellington

Ce CD est un enchantement, un casting magnifique, une reprise des thèmes de Duke avec à la clef des cadences originales, quelques fois binaires et un beau ptit secret sur « the mooche » où les 5 compères placent une mesure en 3 temps sur la 2ème et 6ème mesure du A du thème, donnant l’impression que la reprise du cycle arrive plus vite que sur l’original!
Bien vu, ca sonne super! Et je le dis, le disque en entier et une vraie réussite, faut dire qu’avec une rythmique de taille, et un pianiste qui joue super et quelques gugus qui ne sont pas à leur première merveille discographique, ca promettait!

Z - Jazz Chroniques et coups de cœur (30 août 2007)

Jean-Luc Fillon contre le trou dans la couche d’ozone!  (Echoes of Ellington)

Excellent petit combo que celui de Jean-Luc Fillon et qui me rappelle - un peu - les expériences de Grass, watkins, Schuller pour Contemporary dans les années 50 où la sonorité de ces instruments particuliers allait au jazz, musique diablement particulière pour particuliers, comme un gant. Idem pour le hautbois introduit chez les mal élevés par Bob Cooper, bref, un petit air de Californie sur Seine ou comment réchauffer agréablement la planète sans agrandir le trou dans la couche d’ozone mais en remplissant nos verres deux fois plus vite.

Bannister - JAZZ VOICES (30 août 2007)

Le hautbois de Fillon

On n’a pas tous les jours l’occasion d’entendre du hautbois dans un contexte jazz. C’était le cas ce soir à la Maison de la Radio lors du très beau concert du trio Oborigins, emmené par Jean-Luc Fillon, l’un des rares spécialistes de l’instrument. A ses côtés : Michel Godard (tuba, serpent) et Jarrod Cagwin (percussions), deux vieux complices qui officient tous deux dans les divers groupes du joueur de oud libanais Rabih Abou-Khalil. Le trio donna un concert entièrement improvisé, où le jazz se frottait aux modes et aux rythmes orientaux, pour un résultat puissamment expressif, à la fois moderne et archaïque.

Pascal Rozat - Jazzman.fr/Le Blog (21 mai 2007)

De nouvelles couleurs pour le Duke.

L’entreprise était hardie, et c’est une bien belle réussite. Jean-Luc Fillon a écrit des arrangements originaux pour des thèmes, souvent connus mais parfois moins, de Duke Ellington. Il fallait oser passer derrière le maître des couleurs et des timbres! Si notre téméraire jazzman s’en est très joliment tiré, c’est qu’il a su marier avec créativité la sonorité de son instrument de prédilection, le cor anglais, à celle du trombone de Glenn Ferris. Et qu’il a choisi une rythmique d’une souple élégance (João Paulo au piano, Jean-Jacques Avenel à la contrebasse, Tony Rabeson à la batterie). Le cor acidulé plane et virevolte, tandis que le trombone tantôt ronronne et tantôt grogne. On redécouvre, étonné, sous un éclairage nouveau les Caravan et Perdido souvent entendus. Un moment de plaisir que les amateurs pourront partager sur la scène du Sunside (Paris-1er) les 17 et 18 mai.

Yann Mens - la Croix (6 mai 2006)

Jean Luc Fillon a la curiosité du passionné et la minutie du bricoleur. Deux qualités que le joueur de cor anglais, un instrument peu connu (il s’agit d’un hautbois ténor en fa) met au service d’une redécouverte complice des thèmes d’Ellington. L’arrangement est un art difficile. Comment apporter du neuf sans dénaturer l’ « esprit » de la composition ?

C’est ici à cinq que les musiciens répondent à cette énigme. Tony Rabeson à la batterie, Jean Jacques Avenel à la contrebasse, Jao Paulo au piano portent avec entrain et de manière appuyée les improvisations mesurées du cor anglais de Jean Luc Fillon et du trombone de Glenn Ferris. On sera charmé par le groove élancé de The Mooche et par l’interlude nostalgique de I Got It Bad. Mais c’est aussi de voyage dont il est question ici. Avec notamment la reprise d’un Caravan aux formes mouvantes ou encore la course-poursuite évoquée par Wig Wise. Beaucoup de bonnes saveurs à se mettre sous la dent. L’exercice aurait pu paraître complexe. Jean Luc Fillon propose, lui, une réponse sobre et personnelle. Et d’une aisance troublante.

Vincent Fertey - musiQualité (1er mai 2006)

Alors que Stéphane Oliva et François Raulin sortent un « Echoes of Spring » en hommage aux pianistes de stride, revenir sur Ellington s’impose régulièrement comme un passage obligé bien que risqué. Avec "Echoes of Ellington", le hautboïste Jean Luc Fillon, musicien au parcours original, qui a toujours souhaité faire se croiser les chemins de la musique, est allé braconner sur les terres voisines de l’improvisation. Après un remarqué Oboa, où il tentait déjà le passage, il sort résolument du répertoire de son instrument et s‘attaque à un des géants du jazz classique. Reprendre Duke Ellington n’est jamais facile, car dans l’œuvre démesurée du Duke ne retrouve-t-on pas le jazz dans son intégralité ?

L’instrumentation mérite une mention particulière : le cor anglais -encore plus rare en jazz que le hautbois, est un instrument étrange encore plus qu’étranger : ni cor ni anglais, il fait partie des vents, anche double qui sonne aussi une quinte au-dessous du hautbois. Le hautbois n’a pas en général les faveurs du grand public (le son parfois décrié comme aigrelet et nasillard, se rapproche tout de même du soprano) : instrument noble -il donne le "la" à l’orchestre- fragile et complexe, il lui faut s’adapter aux paysages du jazz avant de prétendre à une légitimité qu’il peut acquérir avec l’adaptation des classiques du grand orchestre de Duke.

Claude Carrière, le génial producteur sur France musique, de la série des « Tout Duke », ne s’y est pas trompé : dans des notes de pochette impeccables, il présente le travail précis, original et néanmoins fidèle à l’esprit de ces thèmes éternels qui retraversent une bonne partie de l’histoire du jazz : de l’inoxydable The mooche (1928) à Wig wise de 1962 qui marque la rencontre "moderne" de Duke avec Mingus et Roach, excusez du peu.

Comme le chef savait écrire pour « ses » hommes, les Cootie Williams, Johnny Hodges, Lawrence Brown, Ray Nance et braquer les projecteurs sur eux, ces partitions redonnent la part belle à des «solistes» brillants.
Le trombone velouté, enjôleur de Glenn Ferris assure l’alliage-alliance rutilant autant qu’indispensable, tout en virevoltes et caresses. Il peut aussi reprendre avec vigueur et jubilation Caravan et Perdido , les chevaux de bataille de Juan Tizol avec une rythmique entraînée à jouer ces compositions rendues "simples" par un swing imparable (l’impeccable contrebassiste Jean Jacques Avenel et le percutant Tony Rabeson entretiennent une belle tension ). Le pianiste coloriste, fidèle complice de JL Fillon, le portugais João Paulo prend de belles échappées en duo sur I got it bad ou dans le final Warm valley.

Jean Luc Fillon montre qu’il sait s’emparer d’une forme musicale en plasticien stylé, user de la paraphrase et de la variation, s’inspirer tout en détournant de façon pertinente, revivifier de façon astucieuse la tradition sans que l’on puisse un seul instant oublier l’original (I’m beginning to see the light). Car si rejouer serait contraire à l’esprit du jazz, phagocyter les thèmes ellingtoniens est impossible.
Cette relecture de toute une époque dans une perspective moderne, qui n’oublie pas la lisibilité, est le coup de chapeau d‘un arrangeur qui sait aussi s’effacer devant son héros.
La caravane continuera de passer longtemps.

Sophie Chambon - JazzBreak (9 avril 2006)

Jean-Luc Fillon

C’est une grande bouffée de fraîcheur. Le contraire de la reconstitution ou de la copie conforme. C’est en revanche le fruit du désir de Jean-Luc de prendre à son compte cette série de grands thèmes ellingtoniens, de leur insuffler une vie nouvelle au feu de sa propre culture, de ses souvenirs et de ses nostalgies, et de donner une unité à l’ensemble, alors que trente-quatre ans séparent la création de l’œuvre la plus ancienne, The Mooche, de celle de la plus récente, Wig Wise… De faire également de la musique d’aujourd’hui sur un répertoire d’hier qui n’a, il est vrai, jamais fait son âge. Goûtons donc ce nouveau The Mooche dans lequel Glenn Ferris nous ramène mieux que personne pourrait le faire, à la « jungle » du Duke, ou encore ce Caravan déhanché et drôlement exotique. Apprécions également les reprises audacieuses des chefs-d’œuvre de l’an 40, apogée de l’art du compositeur, Morning Glory. All Too Soon et Warm Valley, singulièrement corrigés sur des rythmes imprévus, impairs ou latins, et I Got It Bad, chanson de la revue « Jump for Joy » créée en 1941 et qui est habillée, en duo, d’un chic très actuel. Saluons enfin le beau solo de contrebasse d’Avenel sur un Perdido bigrement bousculé par Glenn, la radicale relecture de Lady in Blue, la Cléopâtre plus vraie que nature de Half the Fun, et Wig Wise, l’Ellington « moderne » de la rencontre avec Mingus et Max Roach, le 17 septembre 1962, qui allait remettre ça neuf jours plus tard avec Coltrane, comme s’il avait encore besoin de prouver son éternité…
La séduction et l’originalité de la musique de Fillon doivent évidemment beaucoup à l’instrument qu’il utilise, le cor anglais, hautbois ténor en fa. Ce cor est "anglais"  faute de ne pas être angélique, comme il aurait dû l’être en vieil allemand. Il prête d’autant plus à confusion que des traducteurs distraits en firent souvent un « French horn » ! Le Dioclesian de Purcell en offre au 17e un premier exemple. Il fait également merveille chez Bach (Passion selon Saint Matthieu), dans la « Scène aux champs » de la Symphonie fantastique de Berlioz (solo sur les roulements de trois timbales, à faire dresser les cheveux…), dans La Mer de Debussy, dans Daphnis et le Concerto en sol de Ravel, au début du Sacre de Stravinsky, etc. Ce grand « hautbois d’amour », inquiétant et mystérieux, sait jouer de beaucoup de nos sentiments. Jean-Luc nous donne avec audace et virtuosité de nouvelles façons de l’aimer.

Claude Carrière - France Musiques (février 2006)


Un mot, un jour, une pensée, un regard sur OBOA…

Dans un marché du disque frileux, rares sont les musiciens qui parviennent à jalonner un parcours original. Jean-Luc Fillon fait partie de ceux-là. Contrebassiste, hautboïste, adepte du cor anglais, doté d’un solide bagage classique, il aurait pu n’être –tel le talentueux Bob Mintzer, qu’il a d ‘ailleurs accompagné – que l’un de ces polyinstrumentistes promis à une luxueuse marginalisation. Jean-Luc Fillon a évité l’écueil en nouant une complicité originale qui l’unit désormais, en une remarquable symbiose, au pianiste João Paulo et au percussionniste Carlo Rizzo et en puisant dans un univers vibrant et chamarré : des sonorités hispano-orientales aux références bop jusqu’aux chants traditionnels.
Depuis « Oboe Sessions » (un peu fourre-tout) au plus homogène « OBOA » jusqu’à son récent « Flea Market », Jean-Luc Fillon a certes imposé des instruments peu utilisés en Jazz; il a surtout créé une couleur orchestrale inédite, toute de sensualité et de pulsation.

Stéphane Carini - JAZZMAN (n°Octobre 2004)

Cet album du poly-instrumentiste Jean-Luc Fillon (hautbois, cor anglais et même contrebasse sur quelques titres) est sans conteste son enregistrement le plus homogène. Constitué avec le pianiste João Paulo et le percussionniste Carlo Rizzo, lequel n’est pas présent sur toutes les plages du disque précédent (« OBOA »), le trio est ici réuni d’un bout à l’autre. Sur un répertoire totalement original (à l’exception du thème traditionnel les Prisons de Nantes, très efficacement dépoussiéré), la complicité acquise entre musiciens accroît, dès le thème-titre, la densité de leurs interventions (ainsi que du chorus du pianiste) et leur permet d’élargir avec beaucoup de fraîcheur et d’à-propos leur palette expressive.
Au fil des plages, on dénote ainsi un travail inventif sur les timbres (le grain des percussions sur Rouïane, l’effet de bourdonnement du piano dans les graves sur One to On, qui tient lieu de contrebasse !), sur la pâte orchestrale (recording et amplification aidant), et sur les rythmes (Vice et Versa).
Faisant se succéder une belle et cohérente diversité de climats et de formats (notamment les pièces longues dues au pianiste et tout particulièrement La Peau), la musique reste toujours attentive aux couleurs harmoniques et à la qualité de la pulsation. Empruntant aux folklores leur parfum sans jamais s’y ancrer, elle se paie même le luxe sur Flea Market, à l’attention des jazzfans purs et durs, d’orienter l’improvisation vers la grille de Nardis.
L’indéniable confirmation du talent d’une formation originale est soudée.

Jazzman, chronique album « Flea Market » (2004)

Entre Jazz et Hautbois

Le hautboïste Jean-Luc Fillon mène, avec un savant mélange de passion, de discrétion et de persévérance, l’un des itinéraires artistiques les plus dépaysants et convaincants de notre scène musicale. Son credo : construire un projet musical ancré dans le jazz et l’improvisation autour de la sonorité spécifique du hautbois.
Jean-Luc Fillon signe aujourd’hui avec “ Flea Market ” (chez Ad Lib Prooduction/Abeille Musique) un album convaincant d’un bout à l’autre, son deuxième disque à la tête d’un trio composé du pianiste portugais João Paulo et du percussionniste italien Carlo Rizzo. Rafraîchissant et captivant à la fois… Rencontre :

Comment en êtes-vous venu à exploiter les possibilités du hautbois dans le domaine du jazz et de l’improvisation?

Jean-Luc Fillon : J’ai longtemps mené une double vie... musicale ! Entre études musicales classiques (hautbois et direction d’orchestre) et expériences jazz à la basse électrique ! Pendant cinq ans, j’ai été hautbois solo à l’Orchestre Symphonique d’Europe et, parallèlement, leader du Jazzogène Orchestra avec lequel j’ai enregistré 3 albums. En 1995, lors d’une tournée avec le Jazzogène, j’ai joué du hautbois et du cor anglais pour la première fois en public dans un contexte "jazz". Des musiciens m’ont alors vivement encouragé à développer l’improvisation sur ces instruments : Antoine Hervé, Mathias Ruegg, Héri Parédes et plus particulièrement Bob Mintzer. Je n’avais jusqu’alors pratiqué le jazz qu’à la basse, doutant de la possibilité de jouer cette musique au hautbois. J’étais pourtant intimement convaincu que cet instrument, le mien depuis l’âge de 9 ans, était comme le prolongement naturel de mon chant intérieur. Ce jour-là, j’ai compris que la fusion du jazz et du hautbois/cor anglais était possible. Depuis lors, je n’ai de cesse d’enrichir mon langage. Je suis sûr aujourd’hui d’aller dans la bonne direction.

Vos deux instruments sont le hautbois et le cor anglais. On connaît mal ces instruments qui appartiennent d’abord au monde de l’orchestre classique...

Jean-Luc Fillon : Bien sûr, le hautbois et le cor anglais sont très marqués par la tradition classique. Mais les origines des instruments à anche double sont orientales, à rechercher du côté de la Mésopotamie il y a 2800 ans… Ces instruments ont des timbres très reconnaissables, très marqués pour le cor anglais qui se rapproche beaucoup de la voix humaine. Le cor anglais est naturellement plus fluide et sa tessiture correspond davantage aux "normes" du jazz. Le hautbois est plus vif, plus incisif mais aussi très volubile. J’ai lu un jour que le hautbois est considéré comme l’instrument le plus difficile ! Je n’aime pas ce type de superlatifs mais essayez un jour de souffler dans une anche double, vous pourrez mieux imaginer l’intensité de l’effort physique nécessaire pour tenir une note !

Quelles difficultés posent ces instruments dans le domaine du jazz et de l’improvisation?

Jean-Luc Fillon : Une grande maîtrise de ces instruments est indispensable avant de pouvoir atteindre la fluidité et la souplesse nécessaires dans le Jazz. Par ailleurs, l’improvisation oblige à se tenir prêt à toute éventualité. Le passage magique en Jazz du souffle au son mais surtout du son au souffle est particulièrement délicat à obtenir au hautbois. Tout se joue dans un subtil équilibre entre la pression et le débit d’air. Le paradoxe consiste à jouer "cool" avec une pression d’air intense ! A priori, le hautbois et le cor anglais ne présentent pas les caractéristiques immédiates des instruments du Jazz : le hautbois a peu de dynamique, peu de puissance, un son difficile à "tordre". Mon objectif est donc de trouver tous les modes de jeux possibles sur ces instruments permettant de phraser "jazz" et de trouver un vrai langage d’improvisateur.

Plus généralement, au-delà de la question des instruments, à quelles sensibilités du jazz d’aujourd’hui votre musique se rattache-t-elle ?

Jean-Luc Fillon : Si l’universalité existe en musique, c’est vers elle que je tends. J’ai toujours eu une certaine méfiance vis-à-vis de l’idolâtrie, des mouvements, des familles, de tout ce qui rassemble mais qui inévitablement exclut aussi. Dans le Jazz, mes influences sont multiples et non exclusives. À 12 ans, mon premier concert de jazz, c’était du free. Quel choc ! Deux ans plus tard, j’étais le bassiste d’un big band au sein duquel je découvrais l’univers de Basie et Ellington…

Votre nouveau disque qui s’intitule "Flea Market" se compose de morceaux très différents les uns des autres. Pourquoi ce parti pris ? Faut-il y voir le reflet d’une personnalité artistique à facettes qui cherche dans le bric à brac de son histoire personnelle des morceaux éparpillés de son passé ?

Jean-Luc Fillon : Oui, c’est vrai. Je suis né dans des poubelles... parisiennes tout de même ! (rires) Je suis un "sans feu, ni lieu", un enfant abandonné si vous préférez, alors mes origines... Enfant de la banlieue de surcroît, à l’image de celle-ci, sans racine et sans culture propre, mais riche de toutes les cultures. Je me sens assez éloigné de la recherche identitaire, des communautarismes exacerbés, et donc de la recherche de la pureté d’un style musical ! Je préfère m’envoler dans mon imaginaire, riche de rencontres, d’images et de sons, d’envies et de rêves. Tout cela, je tente de le suggérer avec la musique de "Flea Market", une musique de "Marché aux Puces", qui vient de partout et de nulle part, mais aussi de ma rencontre avec deux musiciens extraordinaires qui sont João Paulo, pianiste de Lisbonne et Carlo Rizzo, “ tambouriniste ” de Venise... Je préfère de loin les bourgeons aux racines !

propos recueillis par Jean-Luc CARADEC - La Terrasse (septembre 2004)

Il faut louer J-Luc Fillon pour sa constance et sa persévérance : constance d’une association (avec João Paulo) qui s’est muée en une véritable osmose entre deux sonorités (...) et deux discours; constance d’une formule orchestrale ramassée, sans contrebasse ni batterie, qui sert à la fois la lisibilité des interprétations et l’aisance instrumentale des protagonistes; constance du répertoire enfin, partiellement repris d’un disque à l’autre, et qui ne s’en trouve que mieux poli. Dans un tel contexte, la mobilité du jeu du hautboïste (de la ductilité la plus fraîche aux sonorités étranglées que s’autoriserait un sopraniste), l’éventail de couleurs et de nuances qu’il déploie, la clarté de ses idées s’imposent d’autant plus qu’elles sont soutenues par un accompagnement à la fois attentif et délicat.

Stéphane Carini - JAZZMAN (n°janvier 2004)

Quelques mois après la sortie de son remarquable album " OBOA " chez Deux Z, le hautboïste J-Luc Fillon prolonge et amplifie sa démarche unique, novatrice et historique d’intégration de son instrument dans l’univers de l’improvisation. Une des expériences les plus saisissantes du jazz d’aujourd’hui largement applaudie par la critique et encouragé par Bob Mintzer, Martial Solal ou Glenn Ferris. Avec le pianiste portugais João Pauo, véritable alter-ego du leader, et Joël Grare aux percussions.

Jean-Luc CARADEC - La Terrasse (janvier 2004)

Le hautbois et le cor anglais ne sont pas vraiment familiers des allées du jazz. Dans les années 1950, des musiciens californiens les introduisirent timidement dans ce milieu (...) . J-Luc Fillon reprend avec bonheur cette tradition débutante dans un album très rafraîchissant. L’influence de Coltrane s’y mêle très naturellement à des parfums extraits des compositeurs dit classiques, aux effluves de l’Orient, voire à celle des chaudes musiques latines. Pour ce faire, J-Luc Fillon a recruté le pianiste portugais João Paulo, trop méconnu en France, dont le jeu lumineux et délié se conjugue merveilleusement au sien. (...) le percussionniste italien Carlo Rizzo, à la tête d’une panoplie impressionnante d’instruments donne la pulsation vitale à cette musique touchée par la grâce.

Yann Mens - LA CROIX (n° du 3-4 janvier 2004)

Le Swing du Hautbois

Vous n’avez jamais entendu jouer du jazz comme ça. Car Jean-Luc Fillon est tout simplement le premier à l’interpréter au hautbois. "Du très beau travail", lui a écrit Martial Solal, après l’avoir écouté. Le Parisien fait un tabac. Tout ce qui fait le grand musicien de jazz se retrouve dans son jeu : les idées, le son et l’originalité. De surcroît, quel entrain ! Ancien bassiste de nombreuses formations réputées, dont celle de Bob Mintzer de 1998 à 2000, il a décidé de s’adonner aux délices des musiques improvisées avec son instrument de prédilection : le hautbois. Le joueur de tambourin sarde Carlo Rizzo lui assure actuellement la rythmique. Une garantie supplémentaire d’être agréablement surpris

Bruno Pfeiffer - Marianne (avril 2003)

(...) Jean-Luc Fillon - qui double au cor anglais - possède les moyens techniques et l’ambition louable de promouvoir ces instruments particulièrement expressifs. (...) une réelle cohésion d’ensemble, servie par la qualité des compositions et des climats musicaux (Upside Down, Car Parfois, Les 100 Ciels), (...) l’entente du duo J-Luc Fillon - João Paulo (piano) et l’inattendue plasticité que le hautboïste confère, parfois avec des accents de soprano, à son instrument.

Stéphane Carini - JAZZMAN

OBOA, album (Deux Z/Nocturne) enregistré avec le pianiste João Paulo et la tête chercheuse du tambourin Carlo Rizzo, se révèle assez époustouflant. Une écoute live s’impose.

Martine Lachaud - L’EXPRESS

(…) D’abord recherché en tant que partenaire par quelques valeurs sures du jazz d’aujourd’hui, Fillon développe désormais prioritairement sa carrière d’instrumentiste-improvisateur et de compositeur. En juin 2001, il retrouve le pianiste portugais João Paulo qui donne une nouvelle impulsion à sa musique. Un nouvel album en duo (enrichi par le percussionniste Carlo Rizzo en invité) sort aujourd’hui et témoigne de leur rare et fructueuse complicité. (…)

Jean-Luc Caradec - La Terrasse

N’écoutez pas J-Luc Fillon en pensant qu’il joue d’un instrument peu utilisé en Jazz. Il n’a pas besoin de ce genre "d’indulgence", son talent de compositeur et d’improvisateur fait rapidement oublier l’instrument. Dès la première plage, on est sûr que J-L F. sait de quoi il parle et qu’il maîtrise tous les aspects essentiels de la musique de Jazz, sans parler de sa technique instrumentale au dessus de tout soupçon. João Paulo est de son côté un pianiste qui sait vraiment comment agir en duo, et ce n’est pas un mince compliment

Martial Solal (disque "OBOA" avril 2003)

Dès qu’on l’entend, Fillon nous contamine. (…) il est bien le seul de son espèce. En France, bien sûr. Mais aussi sur la scène internationale. La seule qui compte. S’il me fallait citer d’autres noms, je me souviendrais sans doute de Yussef Lateef, (…), de Bob Cooper, de …Med Flory, peut être…Mais après, plus personne. Personne sauf J-Luc Fillon. Lui qui persiste à se tenir résolument à l’étage supérieur. Là où il y a moins de monde (…). Et par dessus tout il compose. Seulement du premier choix. C’est tout lui. Je connais J-Luc Fillon depuis plus de quinze ans. Alors quand j’y pense, les bras m en tombent (…) L’essentiel est qu’il n’a jamais cessé d’avancer et de nous surprendre.

Jean-Louis Chautemps

C’est une véritable bonne surprise que d’écouter le CD Oboa de Jean-Luc Fillon. Je me suis souvent demandé pourquoi le hautbois n’avait pas été mis en valeur en Jazz. C’est chose faite et bien faite. La musique est magnifique autant que les sons. Jean-Luc Fillon a trouvé sa voix (ou voie...) et je suis certain de l’avenir de cette formule. Bravo - *** - Saluons au passage la participation exceptionnelle de Denis Leloup au trombone.

Marc Steckar

Merci pour ces disques que j’écoute et réécouterai encore (…). La musique qui résiste est forcément petite et incomparablement grande puisqu’elle résiste, toujours debout au bord du monde (…)

Bertrand Renaudin

Rêve de troubadour...

En d’autres temps, j’imagine Jean-Luc Fillon troubadour sur les routes, tant les chemins qu’il a parcourus sont divers, complémentaires, incontournables aussi, et convergent vers un lieu unique : celui du plaisir et du don de soi. On peut être troubadour de père en fils; Jean-Luc Fillon est tout sauf un enfant de la balle, lui qui peut prendre à son compte, dans cet album, l’expression moyenâgeuse du " sans feu, ni lieu " désignant les enfants abandonnés recueillis par une famille adoptive. A sa mère adoptive, il dédie ici la musique de " Pour toujours ". L’ivresse de la musique a eu raison de ce lignage aveugle.

La guitare ou la flûte auraient rendu la tâche plus facile à notre nomade, soucieux, dès ses premiers pas, de faire se croiser les chemins de la musique. Le violon, en dépit de sa fragilité, s’emporte lui aussi sur les routes, les musiciens du voyage l’ont adopté de par le monde, Jean-Luc en parle presque avec envie ou nostalgie. Le hautbois a une toute autre histoire…et pourtant notre troubadour aime cet instrument aristocratique, trop fragile et complexe pour conquérir d’emblée le grand public, même s’il avoue avec malice que c’est en classe de saxophone qu’il aurait d’abord voulu étudier gamin, et que seul un banal problème d’effectif l’a conduit vers le hautbois, à cette époque de la vie où le destin se met en route. Ce n’est peut-être pas un hasard si aujourd’hui, après des années de recherche sur son instrument, Jean-Luc est parvenu sur son hautbois (et son acolyte le cor anglais) à l’aisance du sax dans le phrasé !

Venons-en aux chemins parcourus par notre troubadour " boulimique ". Même s’il aime dire aujourd’hui que ce qui importe c’est la musique et non l’instrument, son premier instrument a déterminé la toute première musique : le "répertoire" (baroque, classique, romantique et contemporain) du hautbois, cette terre nourricière qui " porte " aujourd’hui encore le musicien. Instrumentiste Jean-Luc Fillon ? Un bon troubadour se doit d’être traversé, habité par la musique; il lui faut savoir écrire la musique, à l’occasion diriger d’autres musiciens, et surtout voir comment les choses se passent sur les terres voisines, en l’occurrence les terres du jazz. A tout cela Jean-Luc s’emploie avec passion ne négligeant rien, ni le concert classique, ni l’orchestre d’harmonie, ni le big band. Et si, au départ, le hautbois semble rétif à ces nouveaux paysages sonores ou inversement si le jazz a du mal à l’adopter, qu’à cela ne tienne !… Jean-Luc s’offre quelques détours du côté de la guitare basse et de la contrebasse, parce qu’avec elles il peut chanter tout de suite dans l’idiome des terres nouvellement conquises.

Infidélité du troubadour ?

L’instrument des origines ne dort pas pour autant dans l’étui noir. Il n’attend qu’une occasion pour revendiquer sa légitimité dans ce nouvel idiome. Et comme la vie de musicien nomade est faite de rencontres, celle de Bob Mintzer en 1998 est déterminante. C’est lui qui le premier encourage Jean-Luc à développer ses recherches sur l’improvisation avec son instrument d’origine, le hautbois. Beau gage d’amitié et de confiance, Bob Mintzer écrit même peu après une " French Suite" pour hautbois/cor anglais et sax ténor.

L’histoire aurait pu s’arrêter là; elle ne fait que commencer. Le troubadour s’est transformé en homme de laboratoire spéculatif et actif, oeuvrant sur ses anches comme un alchimiste sur ses fioles. Troubadour reconverti ? Le goût des voyages musicaux au contraire s’en est accru; l’homme de laboratoire sort souvent de sa tanière pour offrir à différents publics le fruit de ses recherches. Le rêve du troubadour est en train de s’accomplir : " peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ", autrement dit l’instrument des origines a été à ce point repensé, que le musicien a fini par en effacer les traits ingrats ou du moins les faire oublier même aux musiciens de jazz les plus sensibles et avertis, comme Martial Solal.

L’ivresse est là... et avec elle la nécessité d’offrir la musique qu’on a en soi.

En sortant de sa tanière, le musicien nomade croise fatalement d’autres destins; celui d’un pianiste de Lisbonne, poète à ses heures, João Paolo, et plus tard celui d’un percussionniste italien réfugié en Savoie, Carlo Rizzo, avec lequel il a en commun la fibre exploratrice. Le résultat de leur rencontre est dans cet album, avec en filigrane la même quête des origines. Celles de Jean-Luc Fillon ont le mystère des enfances voilées, mais son goût de la Méditerranée et de l’Orient aura peut-être un jour raison du mystère… Ses origines, João Paolo les a retrouvées en explorant la musique traditionnelle portugaise, après un long séjour en France, et si l’improvisation et le jazz ont été son premier contact avec la musique, l’exploration des racines est venue nourrir l’imagination déjà fertile du pianiste. L’histoire de Carlo Rizzo, né à Venise, est sans doute la plus enracinée dans la tradition, lui qui a fait de la musique traditionnelle italienne et des tambourins du Sud de l’Italie son mode d’expression essentiel. Très tôt cependant la nécessité de marier ces instruments à des instruments modernes s’est imposée à lui, et quelques années de recherche et d’atelier ont transformé cet autre troubadour en luthier inventif, auteur de deux nouveaux tambours aux effets inédits (le polytimbral et multitimbral). Je parierais volontiers que depuis sa rencontre avec Jean-Luc Fillon, les recherches de l’un profitent à l’autre, et que du hautbois jaillissent un jour des sons de tambourin… De quoi mettre une fois encore les amateurs de jazz en déroute !

Anne Montaron - France Musiques

Choc Le Monde de la Musique

Jean-Luc Fillon « Jazzogene Orchestra » - Tribute to George GERSHWIN (1898-1937)

Pianiste et grand compositeur, on le retrouve sur disque jouant ses propres airs (Pro Arte) ou épaulant Adele et Fred Astaire dans les années vingt (IMP; EPM Musique) -, George Gershwin fut l’un des principaux compositeurs de Broadway avec, entre autres, Lady be good, Oh, Kay !, Funny Face, Girl crazy et Porgy and Bess, tout en écrivant pour l’orchestre et le cinéma Rhapsody in blue, Un Américain à Paris et le Concerto en fa.

D’origine antillaise et formé au conservatoire de Paris, Georges Rabol entretient depuis longtemps une complicité avec cette musique; on ne peut donc que se réjouir de le voir associé à cette anthologie. Si Gershwin ne se rattache pas directement au jazz, nombre de ses mélodies fameuses ont été reprises par des musiciens de jazz. C’est dans cet esprit qu’on été conçus ces deux disques par les musiciens du Jazzogène Orchestra, dirigé par Jean-Luc Fillon et mené avec fougue par Rabol. Ainsi, Fillon jazzifie plus qu’à l’ordinaire Un Américain à Paris (1928) et Philippe Selve eubanise l’Ouverture cubaine (1932) et la Deuxième Rhapsodie pour piano et orchestre –dite aussi Manhattan Rhapsody, que Serge Koussevitzki créa en 1932 à la tête de son orchestre symphonique de Boston. Pour les Variations sur « I got rhythm » pour piano et orchestre (1934) on peut préférer une interprétation plus swingante, notamment dans sa version originale pour voix et orchestre tirée de l’opéra Porgy and Bess mais celle-ci, arrangée par Rabol, ne manque pas d’attrait. La célèbre Rhapsody in blue (1924), souhaitée par l’auteur plus debussyste que jazzy, est ici interprétée dans l’instrumentation de Ferde Grofé, révisée par Fillon qui en allège l’orchestration et la tire, justement, du côté de Ravel et Debussy (le dialogue avec le violon solo –Elsa Scavo- est splendide). Une fois encore, Georges Rabol s’y révèle d’une sensibilité idéale, comme dans les brefs et très inspirés Trois Préludes pour piano seul de 1926 et l’arrangement qu’il a réalisé de la suite tirée de Porgy et Bess.

Franck Maller - Le Monde de la Musique (1998)

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